Entrer votre recherche

Les stars de télé-réalité se refont une réputation en devenant parents

Avatar
Partager

Après avoir été longtemps marqué par les scandales amoureux et les clashs, le monde de la télé-réalité est désormais traversé par des thématiques plus traditionnelles. Dernier exemple en date avec Nabilla.

Finis les selfies en boîte de nuit, un cocktail à la main. Terminées également les vidéos capturant, pour quelques secondes, des soirées endiablées et embuées par la fumée des cigarettes. Désormais, sur les comptes Instagram des stars de la télé-réalité Nabilla Vergara, Jessica Thivenin, Fidji Ruiz,  ou encore Carla Moreau, les publications qui s’alignent sont davantage consensuelles.

Au programme, ces dernières semaines: photos de baby-showers, de consultations chez le gynécologue ou encore de peluches géantes aux couleurs pastel.

Cette transition illustre, à elle seule, l’entrée fracassante des thématiques de la grossesse et de la parentalité dans le monde de la télé-réalité, jusque-là plutôt caractérisé par les frasques et les histoires d’amour souvent conflictuelles des candidat·es. Sous l’une des publications récentes de Carla Moreau, dernière maman de la télé-réalité en date, les commentaires aimables affluent et attestent de l’ambiance bienveillante qui règne désormais sur son profil: «trop belles toutes les deux», «adorable», «elle est mignonne comme tout cette photo», «la maman et sa princesse sont vraiment très belles»… Un changement d’ambiance qui témoigne d’une certaine évolution de la télé-réalité, qui investit désormais jusqu’aux champs les plus intimes de la vie, mais aussi de la nouvelle posture adoptée par certain·es candidat·es.

Dynamique structurelle de la télé-réalité

La tendance de la parentalité est telle que certaines chaînes télévisées ont d’ores et déjà décidé d’y consacrer des programmes à part entière. Première à s’y risquer, W9, propriété du groupe M6 diffusée dans cinq pays. En juin 2018, la production décide de réaliser un «docu-réalité» sur la naissance de Tiago Tanti, premier bébé issu d’une rencontre entre deux stars de la télé-réalité, Manon Marsault et Julien Tanti. L’émission, nommée «Manon + Julien = bébé fraté» et composée de cinq épisodes de douze minutes, va jusqu’à filmer l’accouchement et les pleurs des parents quand ils découvrent le visage du nourrisson –aujourd’hui détenteur d’un compte Instagram suivi par plus de 702.000 personnes.

Selon les chiffres annoncés par W9, la mini-série aurait cumulé jusqu’à 15 millions de vues, et ce bien qu’elle ne soit disponible que sur l’application du groupe M6. Une réussite qui explique certainement la décision de la chaîne de retenter l’expérience: le 1er octobre dernier, quelques heures après que les candidat·es stars Carla Moreau et Kevin Guedj ont accueilli leur premier enfant, la production annonce sur son compte Twitter qu’une mini télé-réalité suivant les premiers pas du couple en tant que parents va être réalisée et diffusée.

Pour Nathalie Nadaud-Albertini, sociologue des médias et spécialiste de la télé-réalité, le fait qu’un groupe multimédia tel que M6 s’empare du sujet de la parentalité n’a rien d’étonnant. «La télé-réalité fonctionne grâce à une dynamique en deux temps: tout d’abord, le but est de choquer et de véhiculer des scandales afin de créer le buzz. Mais, dans un deuxième temps, pour pérenniser le succès du programme et de la chaîne, il faut bâtir un socle de crédibilité, expose-t-elle. Quoi de mieux pour cela que de proposer des programmes plus familiaux et moins choquants, à l’instar des émissions de cuisine ou, plus récemment, des mini-séries sur les accouchements?»

Par ailleurs, selon la chercheuse, les télé-réalités portant sur la grossesse d’une candidate sont le fruit d’une nouvelle conception de la notion de vie privée en général. «Depuis l’avènement d’Instagram et de Snapchat au début des années 2010, la vie des candidats hors tournage est devenu un véritable feuilleton en soi, car ces derniers se filment en permanence avec leur smartphone, analyse-t-elle. Il est donc peu surprenant que des caméras professionnelles entrent désormais dans le quotidien, aussi intime soit-il, de ces personnalités.»

S’éloigner de la caricature

Les chaînes ne sont pas les seules à chercher un second souffle dans les programmes mettant en scène la parentalité. En effet, les candidats eux-mêmes semblent souvent vouloir profiter de leur désir d’avoir un enfant afin de véhiculer une image assagie et de s’éloigner de la caricature tenace et peu flatteuse qui leur colle à la peau.

«Depuis la première saison de “Loft Story”, en 2000, et la séquence dans la piscine avec Loana, les participants aux émissions de télé-réalité sont catégorisés, décrypte Nathalie Nadaud-Albertini. En médiatisant et en affichant publiquement sur les réseaux leur envie de devenir parent, ils ont la possibilité de s’éloigner de leur réputation généralement sulfureuse, poursuit la spécialiste. Il ne faut pas oublier que peu de choses font autant l’unanimité que la parentalité, qui concerne ou a concerné une grande majorité de la population à un moment donné.»