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« Tenue Correcte Exigée » : l’expo des scandales fashion

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REPORTAGE – À ceux qui douteraient de la puissance sémantique des vêtements, le musée des Arts décoratifs offre une réponse en forme d’éloquente promenade à travers des siècles d’histoire de la mode du 1er décembre au 23 avril. Intitulée « Tenue correcte exigée, quand le vêtement fait scandale », cette exposition présente une série de pièces iconiques dont l’irruption, a suscité choc et désaveu. L’on y découvrira avec intérêt que …

LES SCANDALES VESTIMENTAIRES SE REPETENT

Et ces bégaiements, dans leur belle constance, sont proprement fascinants. « Les pantalons larges ont, par exemple, toujours entraîné la controverse, explique Denis Bruna, conservateur du musée, spécialisé dans les collections Mode et Textile antérieures au XIX e siècle. Les hauts-de-chausses, culottes larges de la taille au genou, apparus au XIIIe siècle, ont tout de suite suscité l’opprobre. Puis ce fut le cas des « Oxford bags » ces pantalons popularisés par les étudiants britanniques au début du XXe siècle, des futes de zazous, des pattes d’eph de hippies et, enfin, des baggys des années 90. » On pourrait aussi mentionner le sort polémique réservé aux vêtements déchirés : à la mode au XIV e siècle – et déjà très décriés – puis de nouveau en vogue, et contestés, à la fin du XXe, avec les jeans des filles dans le vent.

… LA RAFLEXION SUR LE GENRE EST LOIN D’ÊTRE NEUVE

Bien avant Caitlyn Jenner, il y avait… Jeanne d’Arc ! « Lors de son procès, le quatrième chef d’accusation était celui du port du vêtement d’homme », note Denis Bruna. Depuis lors, les emprunts des femmes au vestiaire masculin ont été multiples : « George Sand, les garçonnes, Marlene Dietrich avec le smoking qu’elle porte dans Coeurs Brulés en 1930, les Teddy Girls, Gabrielle Chanel dans les années 20 avec ses tailleurs sans artifices… », reprend le conservateur. Toutes ces femmes ont ouvert la voie au tailleur-pantalon. Ainsi, Petit à petit les femmes réussissent à démocratiser le look androgyne. Mais c’est évidemment l’iconique smoking pour femme créé par Yves Saint-Laurent en 1966 qui changera les choses à jamais : le pantalon a désormais sa place dans le vestiaire féminin.
On notera que les femmes puisent plus facilement dans la garde-robe masculine que les hommes, qui peinent à faire entrer jupes et robes dans leurs vestiaires. Il existe certes quelques pièces qui s’inspire du vestiaire féminin telles que la “jupe pour garçon” de Jean-Paul Gaultier, mais cela reste une rareté. L’homme est réticent à emprunter les habits de femme, preuve que le « statut inférieur » de la femme continue de faire son effet dans notre société.


© Icon-Icon Rendu célèbre dans les années 50 par Coco Chanel, le tailleur jupe a connu ses premiers grands succès dans sa version tweed gansée de galons.

… LA QUESTION DE LA NORME VESTIMENTAIRE EST PLUS PERTINENTE QUE JAMAIS

L’actualité n’a cessé d’être ponctuée de scandales : de la robe de Cécile Duflot déclenchant les lazzis à l’Assemblée nationale aux polémiques générées par l’interdiction (ou non) du burkini à la plage… « Si l’on peut penser que les interdits sont aujourd’hui moins nombreux, beaucoup de règles régissent encore le port des vêtements, que ce soit dans les collèges ou les entreprises, explique Denis Bruna. Sans parler d’une morale vestimentaire qui, quoi qu’on en dise, plane sur l’époque. » Raison de plus pour se plonger dans ce récit passionnant des interdits et des outrages qui démontre, mieux qu’un cours magistral, que la mode est toujours affaire de politique, de transgression. Et de créativité. Mais Le scandale n’est autre qu’une stratégie ! L’exposition s’achève avec les « défilés chocs », ceux qui, de 1980 à 2015, ont défrayé la chronique. Les créations de Yohji Yamamoto et de Rei kawakubo ont véritablement bousculé, au début des années 1980, les codes de la couture française avec l’esthétique japonaise du « non fini ». La collection Highlang rape (automne/hiver 1995-1996) d’Alexander Mcqueen, qui a réveilléÌ  les traumatismes de l’histoire écossaise, la collection (printemps/été 2000) de john galliano pour Dior qui s’est inspirée des sans-abris, ou encore, plus récemment la collection sphinx de Rick Owens (printemps/été 2015) dévoilant l’anatomie masculine.

« Comment doit-on s’habiller ? », l’exposition tente de répondre à cette problématique en apportant un éclairage nouveau quant aux enjeux soulevés par les choix vestimentaires et ce qu’ils révèlent de ses valeurs et de ses tabous. Enfin, entre passé et présent, elle démontre que les fragments peu connus de l’histoire de la mode prouvent à nouveau leur actualitéÌ  sous l’impulsion de personnalités et des designers d’aujourd’hui. La liberté vestimentaire n’est-elle finalement qu’une illusion ?

Informations pratiques :
Tenue correcte exigée
Au musée des Arts Décoratifs
Du 1er décembre 2016 au 23 avril 2017
Ouvert tous les jours sauf lundi, 11h-18h (21h le jeudi)
Tarifs : 11 (plein), 8,5 (réduit) 

Eden Zitoun

Redactrice en chef Mode & Beauté

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