La ressemblance entre l’amour et une montée sous ecstas est très étroite. De nos jours, tomber amoureux est comparable à une bonne dose d’adrénaline et de drogue. Depuis les années 1960, les drogues façonnent, qu’on le veuille ou non, nos identités et nos sociétés. Notre consommation de drogue en dit-elle long sur ce que nous sommes ? Dis-moi quelle drogue tu prends, je te dirai qui tu es.

« La passion fait perdre tous contrôle raisonnable » 

Avis aux romantiques désenchantés partout dans le monde : l’amour semblerait être une drogue à part entière. Et ne dites pas le contraire !

Le scientifique Larry Young déclare avoir percé le secret de Cupidon à jour. « C’est vrai ça Larry ? Dis nous en plus ! » 

Le sentiment incontrôlable d’attachement provoqué par l’émoi amoureux pourrait s’interpréter, selon Young, comme un enchaînement d’événements neurochimiques. 

Larry Young a su prouver que nos émotions les plus complexes pouvaient s’expliquer de façon rationnelle. Il faut donc maintenant envisager nos émotions comme un simple magma chimique capable de ravager nos vies sociales et sentimentales – et laisser au fond de leur planque nos vieilles pages de poésie trempées par les larmes. 

On peut aussi rajouter que l’infidélité est scientifiquement inéluctable, à quoi s’ajoute une parution de WikiHow sous le format d’un guide en 7 étapes détaillant ce fameux « processus chimique ». 

Aux sentiments amoureux complexes et tortueux qui ont inspiré la plupart des chefs-d’oeuvre de l’histoire se substituent aujourd’hui la dopamine, l’oxycodone ou encore la cortisone.

« Aujourd’hui les endorphines de l’amour romantique ont été détrônées par la kétamine »

Mais cette idée que la drogue peut intensifier les sentiments ne date pas d’hier !

Si le LSD n’avait jamais existé, que ce serait-il passé durant le Summer of Love, ce fameux été de 1967 où San Francisco fut pris d’assaut par la population hippie ? 

L’amour était présent partout et il était libre. Il était devenu une arme de choix dans la lutte contre l’homogénéité, le capitalisme consumériste et la cupidité ; et bien sà»r tout le monde voulait le pratiquer. De tout cet amour sont nées les drogues, et plus précisément les acides. Ce n’est donc pas un hasard si les hippies et les scientifiques se sont principalement concentrés sur le LSD. 

Les moments de phase provoqués par les acides répondent parfaitement à l’obsession de la découverte de soi si typique des années 1960. 

Aujourd’hui, dans ce monde dominé par la publicité, les armes et la télévision, la découverte de soi est devenue une préoccupation principale. Et la meilleure façon d’y parvenir restait d’emprunter les chemins occultes de l’esprit. 

L’amour libre des années 1960 a fini par s’essouffler pour ne devenir qu’un rêve aux motifs cachemire et à la bonne odeur de patchouli, après qu’une vague anti-chaos hippie soit venue disperser cette révolution perchée dans les années 1970.

Touchés par la violence des grèves minières, le chômage d’après-guerre et par des taux de divorce de plus en plus importants, les jeunes portaient le fardeau d’une société aux inégalités croissantes. Parallèlement, l’apologie du bénéfice et de la cupidité portée par le Parti Conservateur finit par faire son chemin et laisser toute une population sur le carreau.

Les gamins de la période Thatcher avaient enfin leur Summer of Love – 22 ans plus tard. Son catalyseur ? L’ecstasy bien sà»r. Oh et puis le tout nouveau M25. Les ecstas faisaient le lien entre des gens qui se rassemblaient pour faire triompher l’amour sur l’individualisme. 

La house music et la MDMA étaient au coeur du mouvement hooligan et servaient à fédérer une classe prolétaire devenue la cible principale de la police et du gouvernement. C’était l’été chaotique des teufs improvisées sur la ceinture londonienne et annoncées sur des stations radio pirates.

Dans ces raves, les gens se foutaient de la classe, de la couleur ou de la tribu de chacun.

Mais malheureusement, à la levée du jour les dealers s’étaient déjà mis à vendre des pilules bas de gamme et l’amour libre se faisait plus rare.

 Alors que les acides étaient les drogues destinées à l’exploration et à la découverte de soi dans les années 1960, leur équivalent aujourd’hui est la kétamine. Qu’est ce que cela révèle de nous ? Tout d’abord, c’est un antidépresseur. Aujourd’hui, nous sommes bien loin d’un nouveau Summer of Love. Du coup, par où commencer ? Il y a encore plein d’amour bien sà»r, et des drogues aussi – beaucoup de drogues – mais cet esprit de rassemblement a disparu. 

Et notre relation à l’autre est aujourd’hui tellement tournée vers le « je » qu’il n’est pas surprenant que cette génération ait du mal à communier avec ses pairs. Là où il y avait du désir il y a maintenant satisfaction immédiate ; et à l’expérimentation réelle du sexe s’est substitué le porno insensible et chiant.

 L’amour est toujours là , certes mais il n’est ni physique ni sentimental – il est devenu digital.  Le caractère hypersocial d’internet nous donne une impression de proximité. Mais malgré les bips continuels provoqués par nos textos, pubs et likes, il règne comme une solitude contagieuse. Nous avons de plus en plus envie d’être seuls et il semblerait d’ailleurs que la kétamine favorise cette isolation. Elle ne rend ni créatif, ni sociable. Elle ne rend pas non plus les gens agressif ou affectueux mais les plonge dans une certaine apathie. Attention les amis, je ne demonte pas la kétamine, vous faites ce que vous voulez de vos mardis soirs et puis c’est pas très cher !  Si la version contemporaine de l’amour est une simple réaction chimique, que la vie n’est qu’une routine banale, et que le consumérisme capitaliste nous définit, alors il n’est pas surprenant que la seule chose que l’on cherche dans la drogue soit la possibilité de tout oublier.

Il nous faut aussi rejeter l’idée selon laquelle nos vies se résument à nos carrières ou que nos fiches de paye sont le reflet de notre succès. De surcroît, ce n’est pas parce que l’ennemi est invisible qu’il faut rendre les armes. En 1967, les acides permettaient aux gens de renouer avec eux-mêmes et de redéfinir leurs places dans la société. Plus tard en 1983, l’ecstasy faisait tomber un grand nombre de préjugés raciaux et stéréotypes sociaux. Aujourd’hui, le néolibéralisme et l’individualisme nous ont éloignés des valeurs humanistes et communautaires pourtant essentielles à la survie de nos sociétés. 

CONSEIL : REPRENEZ FOI EN L’AMOUR SI VOUS DESIREZ RÉAPPRENDRE LES PLAISIRS SIMPLES DE LA VIE ET PUIS SI VOUS N’Y ARRIVEZ PAS, LES DROGUES NE SERONT JAMAIS TRÈS LOIN !